Le musée des civilisations bombardé

La guerre, une des principales causes de destruction des biens en Afrique

La guerre est la principale cause du saccage et du pillage des collections du MCCI. En effet, la crise militaro politique commencée en 2002, a atteint son paroxysme à la faveur des élections de novembre 2010 dont les résultats contestés par les deux camps, a basculé tout le pays dans la guerre. D’une rare violence, cette crise qui a traumatisé toute la population migrante pour la circonstance, n’a presque pas épargné institutions, commerces et habitats.
Les effets de ce fléau ont des incidences directes ou indirectes sur la vie des institutions et des peuples. En Côte d’Ivoire, aucun musée n’a été épargné.

Dans le cas du Musée des Civilisations, Outre les dommages causés aux locaux et aux équipements, près d’une centaine de pièces issues de diverses catégories d’objets ont été emportées.  Il s’agit entre autres de:

35 pendentifs en or du 17ème siècle, 1 sabre royal du 19ème siècle, 1 chasse mouche en or du 18ème siècle, 1 coiffe de roi Akan, 6 coffrets en miniature de poudre d’or du 18ème siècle, 9 petites coupures de banque anciens, 6 grandes coupures de banque anciens, 6 poids à peser l’or figuratifs du 18ème siècle, 1 costume de chasseur traditionnel (dozo), 7 bracelets en bronze du 19èmè siècle, 12 colliers anciens du 17ème siècle, 15 masques sacrés, 12 statuettes anciennes, 04 cuillères cérémonielles, 05 statuettes sénoufo.

Le manque de moyens, un frein dans la conduite des programmes

Si les objets volés n’ont toujours pas été retrouvés dix mois après que les recherches aient été lancées par la gendarmerie et la police, c’est dû au fait que les collections du musée n’étaient ni documentées, ni photographiées suffisamment. N’étant toujours pas à l’abri d’autres crises ou conflits, il faut des actions urgentes pour prévenir la perte totale du fonds muséographique si une situation similaire venait à se produire.

La perception négative du musée

Une des situations à changer est la perception négative du musée dans la société et son corollaire, l’absence d’engagement financier conséquent dans le secteur depuis l’indépendance politique de la nation.

Manque d'information

Une action d’information, de sensibilisation et d’échanges avec les différents acteurs sociaux à Abidjan et à l’intérieur du pays permettra une actualisation de la vision contemporaine des musées en Côte d’Ivoire, de même que des précisions utiles sur les véritables enjeux qu’ils peuvent représenter pour le développement global du pays et pour le renforcement de sa dignité et de son unité.

Le manque de législation forte, un frein dans la défense des intérêts muséaux

La loi n° 87-806 du 28 juillet 1987 portant protection du patrimoine culturel prévoit des dispositions sur les musées et les objets mobiliers de valeur culturelle reconnue. (Art 46 à 60).

Art. 46 :
« Afin de conserver et d’illustrer le patrimoine culturel ivoirien, notamment les objets d’art, les antiquités artistiques, historiques, ethnographiques et scientifiques, ainsi que les produits des fouilles et découvertes, il est créé plusieurs catégories de musées : musées publics nationaux et régionaux, musées de collectivités territoriales, musées privées. La création, les modalités d’organisation et de fonctionnement de ces musées sont fixées par décret. »

A ce jour, il n’y a toujours pas de décrets d’application de cette loi dans aucune de ses dispositions.


Les difficultés de fonctionnement des musées en Côte d'Ivoire

Depuis les années 1960, les critiques ne manquent pas à l’encontre du musée en Côte d’Ivoire.
En effet, de nombreuses expertises tant internationales que nationales ont à maintes reprises soulignées la précarité de la situation muséale en Côte d’Ivoire ; les rapports Gabus dès 1967, Oddon en 1970, et Hainard en 1974, les rapports d’activités des responsables successifs des musées, les enquêtes de terrain des étudiants en muséologie de l’INSAAC, déplorent tous, de nombreuses insuffisances.

En l’an 2001, à l’issue d’une visite au Musée des civilisations d’Abidjan, le plus important du pays, l'ex première dame, Mme Simone GBAGBO n’a pas manqué de dire sa déception : ce musée avait-elle lancé, est dépassé et n’est plus digne de notre capitale économique.