RAPPORT ENTRE CULTURE ET AGRICULTURE

rapport entre culture et agriculture

S’il existe des concepts qui ont enjambé tous les siècles pour s’ouvrir sur le 21ème siècle, ce sont bel et bien les concepts de l’agriculture et de la culture. Des termes aux contours encore larges dont les spécialistes ne cessent d’épiloguer sur leur véritables enjeux. Rester présent dans la mémoire collective à travers son label, soutenir l’émergence pour converger vers le développement, le groupe SIFCA au firmament de son cinquantenaire, soutenu par la Fondation TAPA, a organisé depuis le 03 novembre 2014 au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, le vernissage de l’exposition thématique autour du thème  Culture et Agriculture.

« Culture et Agriculture » sont  deux termes qui riment parfaitement et qui nous renvoient au rapport entre « culture de l’esprit » et « culture de la terre ».

L’homme a commencé à cultiver la terre il y a 10 000 ans au néolithique. La « révolution néolithique » (comme on l’a appelée) est marquée pour des innovations techniques telles que l’outillage en pierre polie (faucille, flèche, hache), la céramique (poteries et figurine animales), le tissage ; on peut donc présupposer une domestication ancienne des plantes et des animaux que nous consommons aujourd’hui, selon le groupe social ou ethnique auquel nous appartenons.

Ainsi, le blé, l’orge, les légumineuses, le mouton et la chèvre peuvent être appréhendés comme des traits culturels chez les peuples du Moyen Orient. Idem pour le mil, le sorgho et l’igname en Afrique sub-saharienne, le buffle et les volailles en Inde, le riz en Extrême Orient, le maïs au Mexique, les haricots, la pomme de terre au Pérou. On peut affirmer qu’elle a au fondement, des pratiques culturelles communes aux groupes sociaux dans le monde. Cette affirmation est aussi valable pour la Côte d’Ivoire, pays aux diversités culturelles.

Si originellement le concept de culture est intimement lié à l’agriculture, aujourd’hui, il revêt un sens beaucoup plus large. Selon l’UNESCO, il peut « être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

De ce point de vue, la culture désigne tous les domaines de la connaissance, les productions matérielles et immatérielles des humains ainsi que tout ce qui a trait à l’identité des peuples, d’où le sens de culture en tant que patrimoine artistique indissociable des valeurs et des croyances.

Mais, pour comprendre la dialectique entre ce qui relève de l’art ou produit artistique et ce qui caractérise l’agriculture, il importe de savoir ce qu’est une œuvre d’art avant de l’associer à l’agriculture.

Selon Hegel, l’œuvre d’art vient de l’esprit et existe pour l’esprit. Sa supériorité consiste en ce que si le produit naturel est un produit doué de vie, il est périssable, tandis qu’une œuvre d’art est une œuvre qui dure. La durée présente un intérêt plus grand. Les évènements arrivent, mais, aussitôt arrivés, ils s’évanouissent ; l’œuvre d’art leur confrère de la durée, les représente dans leur vérité impérissable.

Du latin agricultura, l’agriculture est le secteur d’activités, ayant pour objet la culture de la terre, créé par l’homme pour satisfaire ses besoins alimentaires. C’est ici que le concept de culture prend tout sens en tant que commerce de l’homme avec son écosystème. Ainsi l’agriculture concerne l’ensemble des activités permettant la culture et l’exploitation des ressources végétales et animales notamment celles utiles à son alimentation. Aujourd’hui, ces secteurs d’activité peuvent être regroupés en deux grands domaines : la production végétale (céréales, oléagineux, arboriculture, la viticulture, etc.) et la production animale (bovins, porcins ovins/caprins, etc.).

Au rythme du brassage culturel, on est porté à croire que la culture des peuples africains en particulier, ne peut se dissocier du fait cultural.

Si l’on considère les évolutions entre 1960 et 2014, l’histoire montre finalement une rencontre progressive de ces deux notions. Dans les grandes lignes, le développement de l’agriculture productive dans les années 1960 et 1970 s’est fait en concomitance avec celui des grandes problématiques culturelles.

L’agriculture est restée un axe stratégique de développement pour les acteurs de l’environnement en Côte d’Ivoire. On observe cette réalité du côté des plantations industrielles de palmier à huile, de l’hévéaculture, de la canne à sucre, de la banane plantain… Finalement, le fait majeur se résume à l’importation du matériel agricole résultant de la culture et la culture, cette communication, s’est fixée pour objectifs de :

  • Evaluer l’aspect du matériel utilisé dans l’agriculture industrielle et rurale en Côte d’Ivoire en établissant un lien cultural et culturel ;
  • Dégager la particularité culturale de chaque aire culturelle ivoirienne ;
  • Montrer l’apport de l’œuvre d’art dans l’évolution agricole ;
  • Exprimer le lien dialectique entre l’art, la culture et l’agriculture.

L’implémentation des arts dans l’agriculture des sociétés dites traditionnelles peut être perçue selon divers angles. Autrement dit, les arts intègrent la pratique agricole de ces peuples depuis les rituels agraires qui président à tout entame jusqu’à la récolte et de son mode de conservation. La manifestation artistique est de tous genres, des arts plastiques à la danse en passant par la musique. L’outillage traditionnel agricole est le produit du génie artistique des artisans forgerons et sculpteurs commis à cette tâche.

L’agriculture en Côte d’Ivoire occupe près de 66 % de la population active et contribue à hauteur de 70 % aux recettes d’exportation. Les cultures de rente, dominées par le cacao et le café, participent à près de 50 % de la valeur ajoutée agricole. En dehors de ces principaux produits, les cultures de palmier à huile, cocotier, hévéa, banane, ananas, coton et anacarde occupent une place non négligeable dans l’agriculture ivoirienne. Houphouët-Boigny – Père fondateur de la Côte d’Ivoire – disait que « le succès de la Côte d’Ivoire repose sur l’agriculture ».

IDENTIFICATION DES RITES ET RITUELS AGRAIRES

Le cas de la fête des ignames chez les akans

En Côte d’Ivoire, l’igname a été salvatrice pour le peuple Akan dans une circonstance donnée de son histoire. La fête des ignames est une manifestation culturelle connue de la majorité des AKAN.

C’est un trait culturel commun des Akan. Cette cérémonie vise trois  objectifs :

  • Elle est d’abord une action de grâce rendue par les vivants aux esprits bénéfiques auxquels la terre doit la paix et la fécondité.
  • Elle est ensuite la commémoration des morts qui ne cessent de veiller sur les hommes et de leur procurer tout ce qui leur est nécessaire pour vivre heureux.
  • Elle est enfin pour le peuple Akan, une occasion de purification et de réjouissance dans la paix et l’abondance retrouvées. L’igname est donc fêtée aujourd’hui par les Akan, pour célébrer la fin de l’année et le début de l’année nouvelle.

 Le Kpôl

La fête des ignames ou Kpôl est une fête mystique au cours de laquelle des villageois envoutés par des esprits, démontrent leur puissance. Certains villageois même font couler leur sang. Ils témoignent ainsi leur reconnaissance envers les génies qui ont exaucés leur prière.

La fête des ignames est représentée comme étant le début d’une nouvelle année que l’Adioukrou (peuple lagunaire de la Côte d’Ivoire) doit fêter avant de faire sa récolte. C’est une fête au cours de laquelle les puissances mystiques se révèlent à travers les hommes. C’est une fête fascinante et attirante.

Le Dipri

Chez les Abidji (autre peuple lagunaire de la Côte d’Ivoire), le Dipri est la commémoration du sacrifice de Bidyo, fils d’un paysan touché par la famine, qui sur les conseils d’un génie a découpé son fils en morceau avant de l’enterrer. Mais qu’elle ne fut sa surprise de découvrir au matin, qu’un champ d’igname avait poussé à l’endroit même où il avait enterré son fils.

Tout le peuple Abidji de Gomon aurait donc été sauvé au temps jadis d’une terrible famine grâce à des ignames qui avaient poussé spontanément à l’endroit où fut enseveli sur l’ordre du génie Bidyo, le fils du chasseur. Tel fut l’origine du Dipri où la commémoration du sacrifice de Bidyo, fête qui draine du monde chaque année à la fin du mois d’avril, à Gomon, dans la région de Sikensi.

Le Miripôh et le Djidja

Le sacrifice du Miripôh, véritable fête des ignames en pays Abbey (peuple du Sud de la Côte d’Ivoire), précède la fête du Djidja (fête de la purification) qui démarre en septembre pour prendre fin en décembre de chaque année, selon un ordre précis. Chez les Abbey, on manifeste deux fois dans l’année en l’honneur de l’igname, mais la véritable fête des ignames est le sacrifice du Miripôh, célébré de façon très sobre.

L’honneur de démarrer le sacrifice du Miripôh dans tout le département revient au chef de terre d’Erymakouguié, car selon la légende, le peuple Abbey a été sauvé d’une grande famine grâce à un chef de terre de ce village qui aurait accepté, à la demande d’un génie, de donner son fils unique en sacrifice pour sauver le peuple d’une extinction certaine.

CONCLUSION

La naissance de l’agriculture au néolithique marque le début d’un nouvel ordre culturel dans l’histoire de l’humanité. Ce dernier se manifeste à travers les habitudes alimentaires, les créations artistiques, les modes vestimentaires et les croyances religieuses.

L’histoire nous montre ainsi que les grandes civilisations sont celles qui se sont sédentarisées et ont appris à cultiver la terre. A cet égard, la « culture de la terre » détermine « la culture de l’esprit ». L’agriculture est à ce titre générateur de culture et marque une étape importante dans l’évolution de l’homme.

Les activités agricoles sont nécessaires tout comme la culture. Les types d’activités, leur ampleur, leur organisation, de même que l’histoire qui sous-tend, à travers cette culture retrace le parcours des peuples.

Il est donc important de mentionner que les rites et rituels évoqués à travers les fêtes culturelles, obéissent à des logiques sociétales.

Dr KOUASSI ADACK Gilbert

Historien d’art